Mise en demeure du syndic à procéder à des travaux

PUBLIÉ LE 30 OCTOBRE 2017
MODIFIÉ LE 9 JANVIER 2026
Mise en demeure du syndic à procéder à des travaux
En copropriété, la réalisation de certains travaux ne relève pas d'une simple faculté mais d'une véritable obligation pour le syndic. Qu'il s'agisse de travaux urgents, de mises en conformité ou de décisions votées en assemblée générale, l'inaction ou le retard du syndic peut porter préjudice à l'immeuble et aux copropriétaires. Dans ce contexte, la mise en demeure constitue un levier juridique essentiel pour contraindre le syndic à agir. Encore faut-il en comprendre les fondements, la portée et les suites possibles afin d'en faire un usage efficace et adapté à chaque situation.

Le rôle du syndic face aux travaux en copropriété

Le syndic occupe une place centrale dans la gestion des travaux en copropriété. Mandataire du syndicat des copropriétaires, il est chargé d'assurer la conservation de l'immeuble, son entretien et, plus largement, la sauvegarde des intérêts collectifs des copropriétaires. À ce titre, la réalisation de certains travaux ne relève pas d'un simple choix de gestion, mais constitue une obligation légale clairement encadrée par les textes.
 
La loi du 10 juillet 1965 et son décret d'application du 17 mars 1967 définissent les missions du syndic en matière de travaux. Celui-ci doit notamment exécuter les décisions prises par l'assemblée générale des copropriétaires. Dès lors qu'un programme de travaux est régulièrement voté, le syndic est tenu d'en assurer la mise en œuvre dans des délais raisonnables, en sollicitant les entreprises, en passant les marchés nécessaires et en suivant l'exécution des chantiers. Une absence d'initiative ou un retard injustifié peut engager sa responsabilité.
 
Au-delà des travaux votés, le syndic doit également veiller à la réalisation des travaux rendus obligatoires par la loi ou par l'administration. Il peut s'agir, par exemple de travaux : 

  • de mise en conformité,
  • de sécurité,
  • de salubrité, imposés par une autorité publique.

Dans ces situations, le syndic ne peut se retrancher derrière l'inaction de l'assemblée générale pour différer leur exécution, dès lors que l'intérêt de l'immeuble ou la sécurité des occupants est en jeu.
 
Enfin, le syndic dispose de pouvoirs propres pour faire réaliser des travaux urgents, sans attendre une décision de l'assemblée générale. Lorsque des désordres compromettent la conservation de l'immeuble ou la sécurité des personnes, il lui appartient de prendre toutes les mesures nécessaires pour y remédier dans les plus brefs délais. Cette faculté devient une obligation dès lors que l'urgence est caractérisée.

Dans quels cas mettre le syndic en demeure de procéder à des travaux ?

La mise en demeure n'a pas vocation à être utilisée de manière systématique. Elle intervient lorsque l'inaction du syndic dépasse ce qui peut être admis dans le cadre normal de la gestion d'une copropriété.
 
La situation la plus fréquente concerne les travaux votés en assemblée générale. Une fois la résolution adoptée, le syndic doit en assurer l'exécution dans un délai raisonnable. Lorsque les démarches tardent à être engagées, sans explication convaincante, la mise en demeure permet de rappeler formellement cette obligation. Le simple écoulement du temps ne suffit toutefois pas à caractériser un manquement.
Des contraintes techniques, juridiques ou financières peuvent expliquer un retard, à condition que le syndic informe les copropriétaires et justifie les délais annoncés.
 
La mise en demeure prend une tout autre dimension lorsque les travaux présentent un caractère urgent. Des désordres affectant la sécurité des personnes ou la conservation de l'immeuble imposent une réaction rapide. Dans ces situations, le syndic dispose de pouvoirs propres pour intervenir sans attendre une décision de l'assemblée générale. Son inertie peut alors être considérée comme fautive, justifiant une mise en demeure immédiate.
Il en va de même lorsque les travaux sont imposés par une autorité administrative :

  • arrêté de péril,
  • injonction de mise en conformité,
  • obligation de remise en état engagent directement la responsabilité du syndicat des copropriétaires.

 
Afin de mieux distinguer les cas dans lesquels la mise en demeure est pertinente, le tableau ci-dessous propose une synthèse des principales situations rencontrées en pratique.

Situation rencontrée Obligation du syndic Mise en demeure justifiée
Travaux votés en assemblée générale Exécuter la décision dans un délai raisonnable Oui, en cas de retard non justifié
Travaux urgents (sécurité, conservation) Intervenir immédiatement Oui, sans attendre
Travaux imposés par une autorité administrative Organiser et suivre l'exécution Oui, dès l'inaction constatée
Difficulté technique ou financière avérée Informer et proposer des solutions Non, si le syndic agit et communique
Retards répétés sans explication Assurer une gestion diligente Oui

 

Il convient enfin de rappeler que la mise en demeure est particulièrement adaptée lorsque le syndic reste silencieux ou multiplie les reports sans justification. Elle permet de formaliser le manquement, de fixer un cadre juridique clair et de préparer, le cas échéant, les suites à donner en cas de persistance de l'inaction.

La mise en demeure : définition, forme et contenu

La mise en demeure constitue un acte juridique par lequel le syndic est formellement sommé de respecter ses obligations, notamment lorsqu'il tarde à procéder à des travaux nécessaires à la copropriété. Elle se distingue d'une simple relance ou d'un échange informel par son caractère officiel et par les effets juridiques qu'elle est susceptible de produire. Son objectif n'est pas de créer un conflit, mais de constater un manquement et d'inciter le syndic à agir dans un cadre clairement défini.
 
Aucun formalisme excessif n'est imposé par les textes pour la validité d'une mise en demeure. Elle doit toutefois être établie par écrit et adressée de manière à pouvoir prouver sa réception par le syndic. En pratique, l'envoi par lettre recommandée avec accusé de réception demeure le moyen le plus sûr. La mise en demeure peut être adressée par un copropriétaire agissant individuellement, par le conseil syndical ou par le syndicat des copropriétaires, ces deux dernières hypothèses renforçant généralement la portée de la démarche.
 
Sur le fond, la mise en demeure doit être rédigée avec précision. Elle doit identifier clairement les travaux concernés et rappeler l'origine de l'obligation du syndic, qu'il s'agisse d'une décision d'assemblée générale, d'une situation d'urgence ou d'une injonction administrative. Un exposé trop vague ou imprécis affaiblirait la portée juridique du courrier et pourrait être contesté.
Il est également indispensable de fixer un délai raisonnable pour l'exécution des travaux ou, à tout le moins, pour l'engagement des démarches nécessaires. Ce délai doit être apprécié au regard de la nature et de l'urgence des travaux concernés. Enfin, sans que cela soit obligatoire, la mention des suites envisageables en cas d'absence de réaction du syndic contribue à renforcer le caractère contraignant de la mise en demeure et à rappeler les responsabilités encourues.

Les effets juridiques de la mise en demeure adressée au syndic

L'envoi d'une mise en demeure produit des effets juridiques concrets qui modifient la situation du syndic et renforcent la position du syndicat des copropriétaires ou des copropriétaires à l'origine de la démarche.
 
En premier lieu, la mise en demeure permet de constater officiellement la carence du syndic. À compter de sa réception, celui-ci ne peut plus invoquer une méconnaissance des faits ou un défaut d'information. Le manquement est formalisé, daté et clairement identifié, ce qui constitue un élément déterminant en cas de contentieux ultérieur.
La mise en demeure a également pour effet de faire courir un délai précis. Le syndic est alors tenu soit d'engager effectivement les travaux, soit de justifier son impossibilité d'agir. Une réponse imprécise ou dilatoire ne suffit généralement pas à écarter sa responsabilité, dès lors que l'obligation à laquelle il est soumis est clairement établie.
 
Sur le plan de la responsabilité, la mise en demeure joue un rôle central. Si le syndic persiste dans son inaction après expiration du délai imparti, sa responsabilité civile peut être engagée pour faute. Les copropriétaires peuvent alors démontrer plus aisément le lien entre la carence du syndic et le préjudice subi, qu'il s'agisse d'une aggravation des désordres, d'un surcoût des travaux ou de sanctions administratives.
 
La mise en demeure constitue enfin un préalable stratégique avant toute action plus contraignante. Elle permet de préparer une saisine du tribunal judiciaire, une demande de désignation d'un administrateur provisoire ou encore une révocation du syndic pour inexécution de son mandat. En pratique, les juridictions accordent une importance particulière à cette étape, qui témoigne d'une tentative préalable de résolution du litige.
 
Afin de mieux apprécier la portée de la mise en demeure, le tableau ci-dessous synthétise les principales conséquences avant et après son envoi.

Situation Avant la mise en demeure Après la mise en demeure
Position du syndic Obligation diffuse, contestable Obligation formalisée et datée
Preuve de la carence Difficile à établir Facilement démontrable
Responsabilité civile Plus complexe à engager Fondement juridique renforcé
Action judiciaire Prématurée ou fragile Mieux sécurisée
Rapport de force Déséquilibré Rééquilibré au profit de la copropriété

 

Que faire en cas d'absence de réaction du syndic ?

Lorsque la mise en demeure reste sans effet, plusieurs leviers peuvent être actionnés afin de sortir de la situation de blocage. Le choix de la démarche dépend de la gravité des manquements et de l'urgence des travaux concernés.

  • La première option consiste à saisir le tribunal judiciaire. Cette voie permet notamment de contraindre le syndic à exécuter ses obligations, d'obtenir réparation du préjudice subi ou, dans certaines situations, de voir ordonner la réalisation des travaux sous astreinte.
  • Parallèlement ou alternativement, les copropriétaires peuvent envisager la révocation du syndic. Celle-ci peut être décidée en assemblée générale, dès lors que l'inexécution des missions confiées est suffisamment caractérisée. L'inaction persistante malgré une mise en demeure constitue un motif sérieux de remise en cause du mandat.
  • Dans les situations les plus graves, notamment en cas de carence manifeste portant atteinte à la conservation de l'immeuble, la désignation d'un administrateur provisoire peut être sollicitée auprès du juge permettant de pallier l'inaction du syndic et d'assurer la gestion urgente des travaux nécessaires.
  • Enfin, la responsabilité civile du syndic peut être engagée lorsque son manquement a causé un préjudice direct à la copropriété ou aux copropriétaires. L'indemnisation peut alors porter sur les surcoûts générés, l'aggravation des désordres ou les sanctions subies du fait du retard.

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